David Boyer

David Boyer

Haiti
    Biography

    Né à Port-au-Prince, le 6 janvier 1976 -le jour des Rois, dans la culture religieuse ou vodoue haitienne-, David Boyer a connu un parcours atypique. Son père, Yvon François, est un polyglotte qui parle neuf (9) langues. Celui-ci a quitté précipitamment le pays en 1981, pour aller vivre en Europe, sous une rumeur d’arrestation. Le récupérateur David Boyer n’a pas vécu avec son père, avec qui, comme deux gouttes d’eau, il ressemble. Néanmoins, il continue à s’informer régulièrement de lui. Sa mère, Christiana Renaud, l’a mis au monde, à l’âge de dix-huit ans ; il est le second fils du polyglotte qui vit, aujourd’hui, à Philadelphie, USA, et s’est entre-temps marié ; toutefois, il ne porte pas sa signature, comme son frère aîné, Yves Sinoë François. Il a été, de son côté, reconnu par son oncle, Gérard Boyer. Cependant, un drame domine sa vie : l’absence du père. Il en souffre. Grand Palais représente certes, à ses yeux, un sommet ; néanmoins, ce qui l’excite à produire, c’est son papa, toujours vivant dans son imaginaire, mais toujours absent dans sa vie. Cela revêt une telle importance à ses propres yeux que dès fois il laisse son travail –il voyage, pour se retrouver seul, tout seul avec ses rêves… Dès l’âge de 6 ans avec l’artisanat Boyer a connu une percée fulgurante dans l’art. Dès l’âge de 6 à 7 ans, il pratiquait l’artisanat : « Je rentrais chez moi avec 20 ou 25 gourdes par jour; je donnais à manger à ma mère, à mes frères, à toute ma famille.» Il était, en classe primaire, au lycée Alexandre Pétion; la maîtresse le battait, retenait ses cahiers de dessin ; ses camarades de classe l’encourageaient. Surtout le vendredi, considéré comme le jour du dessin. « Ce jour-là , nous a-t–il révélé, avec un élan de satisfaction, je portais la classe sur mon dos. » « C’est maintenant, a-t-il ajouté, que je me rends compte de l’importance de mon travail. » En outre, Céus St-Louis ( connu sous le pseudo de Ti Bout) l’avait engagé aussi : il dessinait pour l’atelier, à son jeune âge. Il préparait des dessins que les autres artisans devaient reproduire sur les paillettes, sur les bouteilles, les drapeaux, la majorité des objets produits par l’atelier. L’art de la récupération Après avoir pris la décision de laisser l’atelier de Céus St-Louis, il entendait marquer son passage en tant qu’artiste. Son ambition : Venir avec quelque chose de nouveau… En 2007, il a créé une œuvre de récupération exceptionnelle : « Erzulie Dantor » achetée par une collectionneuse de la Suisse. Dans la composition, il a utilisé un morceau de radiateur pour réaliser le visage d’Erzulie, un radiateur qui provenait d’une carcasse de voiture qu’il possédait ; pour le nez, les mains, trois fourchettes, du fil à coudre pour fixer élégamment les boutons de la draperie ornant l’habit que portait le personnage, ensuite des chassis, des miroirs, - des morceaux de miroir, des morceaux de bouteille, des morceaux de faïence pour construire complètement l’oeuvre. Une image en papier d’Erzulie lui a servi de modèle. Cette œuvre ouvre sa carrière de récupérateur. Quelques-uns des artistes de Bel-Air se sont mis à employer, à leur tour, les boutons. Cette tendance s’étendait aux artistes de Carrefour-Feuilles. En outre, certains artistes de Ghetto, au cimetière de Port-au-Prince, utilisent également les boutons, les fourchettes pour dire les guédés, les morts. Ce qui l’encouragait à produire davantage. « Tout ce que je trouve à terre dans les rues, à la Capitale (Port-au-Prince, Haïti), je les ramasse ; je les intègre à mes travaux pour devenir des œuvres d’art. » Deux oeuvres majeures seront présentées au grand Palais : Rara (160 cm x 130 cm). Elégamment vêtu, le roi du rara est assisté de la reine (1) : un décor monté avec un jeu et une variété de boutons qui accroche le regard en vue de renforcer les autres figures innombrables de l’œuvre. Certaines parties de cette pièce existaient à l’atelier quelque part dans un coin depuis, déjà, deux ans. Christ (160cm x 130cm) : c’est une autre réflexion sur la mort de Jésus. Dans sa vision, il aurait souhaité que l’œuvre Christ soit placée à la sortie de l’exposition ; tandis que la pièce Rara mise à l’entrée. La conception même du personnage avec un luxe de boutons de couleur blanche savamment cousus relève l’intérêt de la voir de visu. Découpée et détachée du corps, une tête de Christ renversée, les bras bien détendus, et surtout un clou aux pieds, comme dans le tableau de Le Greco, invite à la méditation. Pourtant, c’est sa première invitation à Paris… David Boyer poursuit la ligne tracée par les récupérateurs de la Grand-Rue, les André Eugène, les Céleur Jean Hérard qui ont poussé, à l’extrême, l’exploitation des ordures, des déchets. Pour sa part, nous laisse-t-il entendre, « Je représente mon pays, ma culture, ma communauté du Bel-Air ». « D’ailleurs, a-t-il ajouté, je fais partie, aujourd’hui, des quelques grands noms de l’art contemporain. » Comme artiste de la récupération, Il fonde son œuvre sur presque rien en matière de rétails: des cuvettes en aluminium dont il taille les fonds pour donner naissance au visage de personnages ; comme celui du roi dans la pièce « Rara » ou celui de « Christ » pour parler de ses plus récentes créations ; des chassis d’ordinateurs ou de radios ; pour les ordinateurs, par exemple, il les sculpte, les travaille pour en faire une partie intégrante de l’oeuvre. En ce sens, il se différencie des autres récupérateurs dont certains nous laissent voir les collages dans l’élaboration de leurs pièces; des boutons : au début, il a pu les ramasser dans les rues ou sous le lit de sa mère ; mais, au fil de son évolution, il en achète en gros de revendeuses sorties des factories de vêtements, de différentes dimensions, de différentes couleurs. La présence des boutons apporte une valeur artistique à l’intérieur de l’oeuvre. L’art contemporain va monter sur tous les toits du grand Palais à l’occasion de cette exposition « Haiti : deux siècles de créations artistiques » pour crier l’exceptionnel apport des artistes Haïtiens à la nouvelle aventure dans lequel le pays s’engage.